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1 – Interrogations sur des "mouvements" dans la Direction du CNTS  (fin 1984)

Depuis la connaissance que nous avons des différentes étapes, des décisions de certaines instances, des dates importantes dans le processus qui a pu entraîner le drame SIDA dans la population hémophile, je me suis toujours demandé ce qui avait pu motiver les attitudes, les décisions de quelques personnages…

Par exemple :

- quelles forces, quelles raisons, avaient pu amener des changements à la tête du CNTS - Centre National de Transfusion Sanguine - en octobre 1984 ? Pourquoi le Pr Jean-Pierre Soulier a-t-il quitté le navire… après avoir "organisé" sa succession…

- quelles forces, quelles interventions, avaient pu, aussitôt, entraîner un changement à la présidence du Conseil d'Administration du même CNTS ? Pourquoi le Pr Jean Bernard a-t-il abandonné son mandat…

- coïncidence ?  la date de responsabilité dans "l'affaire du sang contaminé" fixée à novembre 1984

(date d'une réunion au niveau mondial ayant amené des certitudes "officielles", certitudes forcément connues et validées depuis quelques mois… pour être diffusées dans un congrès mondial, en novembre 84 !…)

 

Alors ces départs, coïncidence ou connaissance ?…

Personnellement, je n'ai pas d'hésitation sur la réponse à cette interrogation… réponse que j'ai d'ailleurs confiée au juge d'instruction chargée du dossier… mais les dates sont les dates… les intuitions n'ont pas cours en justice.

 

Faut-il également considérer comme une coïncidence ce qu'écrivait, en 1976, le Pr Jean Bernard, prémonition d'une attitude ?… théorie génétique eugénique ?… en tous cas propos dangereux, dans ce qu'ils peuvent influencer, ou conforter dans leurs décisions – ou leurs non-décisions - quelques responsables prédisposés… ou préoccupés d'autres "valeurs"…

 

Vous pourrez lire ceci, écrit dans un ouvrage grand public :

"Laissant vivre des enfants tarés naguère condamnés et les menant jusqu'à l'âge de la reproduction, elle (la médecine) augmente le nombre des tarés et peut modifier fâcheusement le patrimoine génétique d'une population. Ainsi, le nombre des hémophiles, longtemps resté constant, augmente depuis que les traitements modernes permettent aux hémophiles de vivre, d'engendrer des filles conductrices qui engendrent des hémophiles"…

 

Cette position n'est pas une révélation puisque déjà en 1973, dans un autre ouvrage grand public, parlant des succès de la médecine, la même sommité tenait des propos similaires :

"Ainsi les conséquences de ces succès ne sont pas toutes heureuses. Ainsi pour ne citer que cet exemple, la prolongation due à la thérapeutique, de la vie des hémophiles, qui jadis mouraient tous enfants et maintenant parviennent à l'âge adulte, leur permet mariage et paternité ; ils engendrent des filles conductrices qui seront mères d'hémophiles. Les progrès de la thérapeutique vont ainsi entraîner indirectement une augmentation sensible du nombre d'hémophiles, avec de nouveaux soucis pour les individus et les familles, de nouvelles charges pour la collectivité."

 

Est-il besoin de commenter, de souligner ces choses horribles à lire… on me dira que les propos sont sortis de leur contexte… j'aurais préféré qu'ils soient sortis de la mémoire de leur auteur et de quelques-uns de ses lecteurs…

J'aurais été plus tranquille si de telles théories n'avaient jamais été écrites

 

Depuis les années 1970, on reprochait aux hémophiles de "coûter cher à la société", le Directeur Général du CNTS freinait nos souhaits de meilleurs produits, plus concentrés, plus purifiés, issus de dons en plasmaphérèse, pour un meilleur traitement, plus sûr, pour un traitement à domicile… un auto-traitement… souhaits de lèse-majesté, perte de pouvoir pour certains, nous allions "saigner" les Donneurs de Sang… "nous coûtions cher à la société" (1), nous disait-on en permanence (concernant le coût, on l'entend encore quelquefois… attention).

Il était aussi hors de question d'importer du sang impur de "donneurs rémunérés"des mercenaires…, l'Histoire nous dira malheureusement où était le sang le plus impur… la France est le pays où il y a le plus de SIDA, proportionnellement à la population… de SIDA transfusionnel surtout…

NON, nous n'étions pas les meilleurs et c'est cela que nos responsables de la Transfusion et de la Santé, ne voulaient pas que les Français sachent… (2) 

(Instructions du plus Haut Personnage de la République dans ce sens, transmises par une personne de son Cabinet, une femme…)

 

(1) Notre regretté président, André Leroux, écrivait dans la revue n°99 d'octobre 1984 :

 

"Dernière rumeur enfin qui, pour n'avoir aucun fondement médical, n'en sème pas moins le trouble chez certains. Le traitement moderne de l'hémophilie, et notamment l'usage de la prophylaxie, serait d'un coût insupportable pour l'économie française. Le caractère honteux de l'hémophilie "tare génétique" qu'il a fallu extirper, réapparaît ici et là sous forme de "tare sociale" : les plus défavorisés notamment se sentent coupables de coûter trop cher !"

 

Le président de la Fédération Française des Donneurs de Sang Bénévoles, lui-même, concluait, en juin 1986, une de ses lettres de reproches au président Leroux, par cette phrase assassine :

 

"Ce n'est tout de même pas de la faute des donneurs de sang si les soins que nécessitent certains des hémophiles sont horriblement coûteux pour la société"

 

Comment, après cela, ne pas se poser de questions sur certains états d'esprit ?… sur un certain "laissé-faire"

J'oserais même ajouter une autre réflexion…

Le SIDA touchait également deux autres communautés… mal acceptées… les Homosexuels et les Héroïnomanes…

(vous savez, avec les Hémophiles, on parlait des "3H" !… et même des "4H", avec les Haïtiens…)

alors qu'importe, ils l'ont bien voulu… ils demandent toujours mieux… ils coûtent cher…

 

(2) Et l'histoire de la santé publique se répète… puisque pour la maladie de Creutzfeldt-Jakob, depuis longtemps, les Etats-Unis et le Canada ne prélèvent plus sur des donneurs ayant séjourné un certain temps en Angleterre et elles excluent également les donneurs ayant séjourné un certain temps en France !..

Après bien des hésitations, la France a fini par adopter la même mesure à l'égard de donneurs ayant séjourné, dans certaines limites de date, en Angleterre… souvent en décalage la France !… et pourtant, depuis "l'affaire du sang contaminé",

très éprise du "principe de précaution" dès qu’il s’agit de « tirer la couverture »…

 

Alors, pourquoi n’applique-t-on pas ce principe, puisqu’il y a encore risque, en arrêtant de fabriquer des produits issus du sang humain, lorsqu’il y a des produits équivalents dans lesquels le sang et ses dérivés ne sont plus employés ?...

Et pourquoi avoir accordé l’AMM à des Laboratoires étrangers pour vendre en France des produits issus du sang,

en complément ou en concurrence de ceux du LFB !...

 

Nos responsables de la Santé pourraient un jour avoir à répondre à cette question,

après une nouvelle Affaire du Sang Contaminé… par le prion de la MCJ cette fois…